LUI pour ELLE
XX
Jen ‘ai pas ce coup-ci fait comme d’habitude et répondu le jour même, dès réception de ta lettre.
Pourquoi? Parce que je pense que celle-ci va être plus délicate pour moi à écrire, pour deux principales raisons.
La première, c’est que je n’avais pas senti le besoin de te le dire dans mon précédent envoi, ce qui n’est pas le cas cette fois-ci, mais je dois te dire que je suis de nouveau plus ou moins avec V-A depuis le 15 août dernier. Je ne m’y attendais pas trop, je ne l’avais pas prémédité : mon drôle de retour de St Jacques, la tension familiale qui règnait alors (le 15 août était le seul jour ou je n’étais pas à Amiens avec ma soeur), mon coeur encore convalescent de F. ,
Tu n’oublieras jamais,
coeur obsédé,
un bonheur désormais,
impossédé.
mon drôle d’été, ton silence,
Coeur dévoré d’amour,
te tairais-tu?
O coeur de jour en jour,
inentendu
Bref, je me suis lové dans ses bras et ça m’a fait un bien fou, je crois.
Coeur, tu n’es qu’un théâtre,
mais on y joue,
dans les décors de plâtre,
un drame fou.
Depuis, j’ai appris à connaître et à apprécier V-A chaque jour un peu plus.
Même si j’en ai l’air, je ne te raconte pas tout ça pour me justifier. Après tout, tu ne m’as jamais demandé de t’attendre. Mais j’ai été très surpris par la préoccupation qu’engendrait chez toi le fait de me savoir avec une autre ou la manière dont tu évoques mes histoires passées. J’avoue que cela a été une surprise pour moi, je ne te connaissais pas ainsi. C’est pour cela certainement que je ne te l’ai pas évoqué la dernière fois.
Mais pour en revenir à mon histoire avec V-A, pourquoi “plus ou moins” me diras-tu?
Tout simplement parce que c’est une relation assez libre, qui, je dois bien en faire le constat, est plutôt ainsi menée par elle.
Est-ce que cette relation me convient? A vrai dire, je ne sais pas trop. Ce qui est sûr, c’est qu’elle me fait du bien et que je préfère être comme ça avec elle plutôt que de continuer à faire le con.
Quel est l’avenir de cette relation? Je peux déjà te le dire : elle va tomber sur un bellâtre qui lui fera tourner la tête et m’appelera quand elle aura envie de se plaindre de lui. Je commence à avoir une certaine habitude de la chose… Ce qui est bien, avec V-A, au moins, c’est que c’est déjà écrit dès le départ ; qu’il n’y a pas de sentiments vraiment amoureux à développer. Ils sont déjà à proscrire d’entrée et, au fond, c’est plutôt relaxant la “non prise de tête”.
Quoiqu’il arrive, je reste encore une fois cette espèce de super-ami avec qui on peut coucher.
J’ai profité du fait de revoir N pour me la jouer High Fidelity et lui demander ce qui clochait avec moi. Elle m’a répondu qu’effectivement, j’avais passé beaucoup de temps à critiquer les nanas en disant que je ne les comprenais pas, alors que c’est certainement moi qui induisais ces histoires.
Toi qui me connais mieux que personne, il faudra que tu me dises ce que tu en penses.
“Coeur qui a tant aimé,
d’amour, de haine,
Ô coeur accoutumé,
à tant de peines.”
La deuxième raison qui rend ma lettre compliquée à écrire est l’impression générale que m’a laissée la relecture de ton carnet, ainsi que ta dernière lettre. En effet, même si tu dis avoir changé, j’ai plutpot le sentiment que tu ressens pour moi n’a pas vraiment évolué comme je l’avais tant espéré.
Je ne remet pas du tout en cause le fait que tu ne sois pas sûre et que tu te poses toutes ces questions auxquelles tu ne trouves pas de réponses. Mais, j’ai plus l’impression que tu te demandes au fond “mais mince, pourquoi je n’arrive pas à me lâcher et à aimer ce mec fait pour moi depuis toutes ces années?” Plutôt que “mais mince, ce mec fait pour moi était à côté de moi toutes ces années et je ne me suis pas lâchée pour l’aimer avant maintenant?”
Je sais, ça peut paraître subtil mais j’y vois une différence de grande importance. J’espère que tu pourras me dire ce que je tu en penses.
Est-ce que j’enterre pour autant la possibilité d’un “nous deux”? Je ne crois pas, mais je pense que je veux rester plus lucide. Sans avoir vraiment conscience d’ailleurs.
Peut-être que les différentes étapes de notre relation passée m’ont implicitement appris à, entre guillemets, “me méfier”.
“De tant de meurtrissures,
Toujours déçu,
et de tant de blessures,
mal recousu”
Que, passé la première euphorie où je crois le bonheur entre nous enfin permis, je me rends compte que j’agis plus pondérément qu’auparavant où je me jetais tout entier et sans modérations dans la porte que tu m’entrebaillais.
Une manière de me protéger? Peut-être, je ne sais pas.
Peut-être aussi que j’y accorde moins d’importance dans ma vie, c’est romantiquement moins chevaleresque, je te le concède. Mais comment me jeter la pierre, toi qui m’aimes avect toujours “un pied à l’extérieur”, prête à t’enfuir… à me fuir.
Bon, ok, je pars peut-être un peu trop loin et je devrais vraiment me mettre à faire des brouillons à mes lettres!
Ce que je voulais te dire, c’est que tu parles beaucoup de ce que tu peux projetter avec moi, tu évoques la vie au quotidien et tout cela.
Pour moi, c’est une mauvaise voie, comme par le passé ; par trop d’enjeux notre histoire sera une nouvelle fois vouée à l’échec avant même de démarrer.
De par cette dernière année passée ensembles, je me suis rarement senti aussi détendu et bien à tes côtés et parfois/souvent, il a vraiment manqué que l’on aille plus loin parce que c’était évident.
Tu as souvent évoqué dans ton carnet, le tourment à pouvoir “classer” notre relation. Mais peut-être que, tout simplement, nous sommes tous les deux ensemble comme ça, c’est “nous”. Pourquoi aller se fourvoyer dans les normes à tout prix?
Pour plus de clarté, je reviens à la phrase d’avant : cette dernière année passée ensemble, je me suis senti rarement aussi détendu et bien à tes côtés et parfois, il a vraiment manqué que l’on aille plus loin parce que c’était évident => cela doit être un “plus” à ce que nous sommes déjà tous les deux, tout simplement parce que nous en aurons envie. Après les choses viennent ou pas.
Comme je te l’avais dit, une nuit où, main dans la main, nous nous promenions sur les quais face à la Tour Eiffel, je n’ai pas le sentiment que notre histoire soit terminée. Mais je ne veux plus la noyer dans l’oeuf par une trop grande pression due à des espérances trop prématurées.
Au fond, il ne faut pas donner à tout ça la gravité que ça n’a pas! S’aimer, ça doit être joyeux! Je veux que tu m’embrasses et que tu me désires le sourire jusqu’aux oreilles!! D’être ensemble en rigolant parce qu’on en a envie.
Et pas s’armer d’un sérieux et de gênes qui finalement gâchent tout.
Et tant pis si finalement, plus tard, on se rend compte que ça n’est plus évident que ça, toi et moi on sait très bien que ça peut arriver, et alors?!
L’essentiel, c’est de le vivre et si il y a bien un mec avec qui tu peux oser cela, je crois que c’est bien moi…
XX