LUI pour ELLE
XX,
J’ai bien reçu ton pli non numérique et j’adore la carte que tu as choisie, ele décore d’ailleurs ma chambre.
J’ai également lu toutes les interrogations que tu te posais sur ton voyage, je t’ai senti perdue, et j’ai eu l’impression (peut-être fausse) que tu me demandais mon avis.
Je ne pense pas être un modèle concernant les choix que l’on est suceptible de faire dans la vie. Un peu “paumé éternel”, donc pas du meilleur conseil.
De plus, je crois intimement que je ne vais rien te dire que tu n’ai déjà pensé à ton sujet.
Cependant, je vais quand même essayer de traduire mes complexes sentiments sur la question.
Comme je te l’avais précédement écrit dans un mail qui aordait déjà le sujet, je crois à l’Allégorie… LA QUETE.
“Peu importe ce que tu gagnes, c’est le chemin que tu mènes pour y parvenir qui est important”.
Tu te demandes ce que tu es venue exactement faire si loin. Si c’est une fuite ou une recherche. Moi, je pense que, que ce soit l’une ou l’autre, cela n’a pas vraiment d’importance. Que le sens véritable de ton trip est probablement de te trouver toi-même.
“Retrouver comme un frère, celui que je suis vraiment.”
Cette ligne de Daho me revient souvent en Gimic. Elle peut sûrement, tu me diras si je me trompe, s’appliquer à toi.
Ca n’engage que moi mais je crois que l’on peut réussir sa vie même si l’on va d’échec en échec.
Alors que d’aller d’abandon en abandon, c’est très différent.
Tu parles beaucoup de ton “poil dans la main” comme d’une espèce de vers solitaire avec lequel tu t’es résignée à vivre.
Mais tu n’es pas feignante, XX, tu es juste prise depuis trop longtemps dans un espèce de carcan léthargique qui t’empêche de faire le maximum, et de plus en plus le minimum, pour toi. Même lorsque tu est acculée.
Et cela, que tu sois au Québec ou de retour parmi nous, ça sera pareil.
Tu n’es pas comme ça, XX : (re)convains-en toi.
Ce que j’essais, peut-être maladroitement, de te dire, c’est que je n’aimerais pas que tu te serves de ton aventure québecoise comme d’un gros gueuleton après un peu de sport : d’un prétexte à la déculpabilisation envers autrui, d’un truc qui permet de dire implicitement “tu vois, j’ai essayé, ce n’est pas ma faute”. Alors qu’au fond de toi, le fait de n’avoir pas réussi à, au moins, essayer reviendra en regret qui ajoutera à ceux que tu as déjà et, au final, alourdira encore plus ton moral.
Installe toi vraiment, maintenant, au Canada et bats-toi comme la lionne que tu es. C’est le bon moment, si loin de nous, de te retrouver, de te dire que ce n’est pas ce que tu veux ; et à force de volonté, de tenter de changer les choses.
Tu réussiras ou tu ne réussiras peut-être pas à t’établir, ne serait-ce qu’un an, à Montréal. Mais en aynat au maximum essayé de le faire, tu auras, à mon sens, au moins regagné de l’estime que tu peux avoir pour toi-même. Et ce sera ça l’essentiel.
Maintenant, pour ce qui est de la difficulté de la tâche, il est évident qu’elle n’est pas aisée. Je ne te prend pas pour une naïve et je sais que tu le savais dès le début.
Le mal du pays est une sensation que je connais très bien. A tel point que je la vie même actuellement en cette heure où je m’apprête à quitter cette ville ; qui est depuis si longtemps la mienne et que je regarde déjà comme un souvenir ; alors que j’y suis encore, à técrire dans une de ces brasseries du boulevard St Germain, une bière devant moi.
Mais, tel le verre à moitié plein, on peut également renverser cette sensation.
Puisque cette période est de toute manière une parenthèse, bois la jusqu’à la lie.
Regarde d’ores et déjà les choses de Montréal qui te manqueront à ton départ. Aimes-les d’autant plus, ce sont ces choses là qui feront que dorénavant il y aura eu une période québécoise à ta vie.
Quant aux choses du pays qui te manquent, dis toi que tu les retrouveras très vite, qu’elles t’attendent mais qu’elles ne justifient pas à elles seules ton retour prématuré. Mais je te comprends quand même!
Voilà, peut-être que j’en ai trop dit, peut-être pas assez, peut-être d’une très mauvaise manière, peut-être que ce n’est pas ce que tu attendais, peut-être qu’au final ce n’était pas ce que tu me demandais… peut-être je me trompe.
En tous cas, j’espère que ça te filera la pêche et que, si je ne te connais pas autant que je le croyais, tu ne prêteras pas trop d’importance à tout ce que j’ai pu coucher sur ce papier.
Sache juste que si j’ai pris cette peine, c’est que je crois toujours en toi et j’ai l’impression que c’est moins ton cas.
N’hésite pas à me répondre, j’en suis encore épistolairement joignable à XXXXXX un petit mois et, promis, je te répondrais ce coup-ci avec une jolie carte.
bons baisers de Paris
XX